mercredi 28 octobre 2015

Inspiration perdue


Cela fait tellement longtemps que je n'ai rien écrit que je crois que je ne sais plus comment on fait...

La page blanche

Assise devant ma page blanche
Longtemps je scrute le papier
J'attends que mon esprit s'épanche
Et souille enfin sa pureté
Mais mon cerveau est engourdi
Mon ventre rongé par l'angoisse
La feuille me nargue de son mépris
Et sa virginité me glace

Mais les muses
S'amusent
Et me refusent
Leur attention

Les mots se bousculent dans ma tête
Ils volent à un rythme effréné
Pourtant je voudrais qu'ils s'arrêtent
Qu'ils me laissent les capturer
Comme des papillons volages
Je les dompterai en douceur
Et les fixerai sur la page
Dans une harmonie de couleurs

Mais les muses
S'amusent
Et me refusent
Leur attention

Je ne sais pas comment ça vient
Les brumes engourdissant mon âme
D'un coup se dissipent et soudain
Je sens en moi monter la flamme
Qui guide mon inspiration
Je goûte enfin à la jouissance
De libérer mes émotions
L'écriture est ma délivrance

Des mots je me suis rassasiée
Un moment je suis apaisée
Mais derrière le feuillet noirci
De nouveau la blancheur jaillit

Et les muses
S'amusent
Et me refusent
Leur attention

Photo : Text Message Sculpture 03 ©2010-2015 meltedsquirrel    

dimanche 25 octobre 2015

Instant nostalgie


Dans la série des vieilleries à dépoussiérer...

Les photos dans le grenier

J'ai retrouvé dans le grenier
Au fond d'une armoire empilés
Quelques vieux cartons à chapeaux
Qui renfermaient plein de photos
Des souvenirs de mon enfance
Quand je venais pour les vacances

Le papier a jauni
Et moi, j'ai grandi
Mais tous ces instants de bonheur
Resteront gravés dans mon cœur

Dans ma mémoire sont revenus
Tous ces moments que j'ai vécus
Les heures passées dans le jardin
Les virées sur le banc d'Arguin
Les glaces achetées à la plage
Et les bonbons quand j'étais sage

Le papier a jauni
Et moi, j'ai grandi
Mais tous ces instants de bonheur
Resteront gravés dans mon cœur

J'ai pensé à mes grands-parents
Avec qui je jouais si souvent
J'aimais qu'ils racontent des histoires
Celle du corbeau et du renard
Je leur parlais avec franchise
Ils me pardonnaient mes bêtises

Le papier a jauni
Et moi, j'ai grandi
Mais tous ces instants de bonheur
Resteront gravés dans mon cœur

A la fin de l'après-midi
J'ai re-rangé bien à l'abri
Le plus précieux de mes trésors
Si j'ai besoin de réconfort
Si le malheur vient à frapper
Je monterai dans le grenier

Le papier a jauni
Et moi, j'ai grandi
Mais tous ces instants de bonheur
Resteront gravés dans mon cœur 

Photo : The attic ©2014-2015 SRKminiature

lundi 27 avril 2015

Sommeil d'enfants


Un poème ancien sorti du tiroir...

Sommeil d'enfants

Je suis entrée dans votre chambre
A pas de loup, sans faire de bruit
Pour vérifier que mes deux anges
Sagement s'étaient endormis

Longtemps je vous ai regardés
Souriant dans votre sommeil
Ma princesse aux cheveux bouclés
Près de mon petit roi soleil

J’aimerais tant vous câliner
Vous serrer très fort contre moi
Mais j’ai peur de vous réveiller
Et sans bouger, je reste là

Quel bonheur de vous voir rêver...

Tableau : Les enfants endormis - Evariste Carpentier (1845-1922)

mardi 14 octobre 2014

Petit goût de week-end

(on peut rêver, hein)
Dimanche matin

J'ai quitté le pays des songes
Aidée par le chant des oiseaux
J'aime ces réveils qui se prolongent
Blottie dans mes draps bien au chaud

Lorsque j'ai ouvert les paupières
Mes yeux ont plongé dans les tiens
J'aime me chauffer à leur lumière
Près de toi je me sens si bien

Mon bonheur du dimanche matin
Moments de douceur et câlins

J'entends dans la chambre à côté
Les voix et les rires des enfants
J'aime savoir qu'ils sont réveillés
Tranquillement je les attends

La porte s'ouvre je leur souris
C'est le soleil qui vient d'entrer
J'aime qu'ils se jettent sur notre lit
Et nous recouvrent de baisers

Mon bonheur du dimanche matin
Moments de douceur et câlins

Nous nous racontons des histoires
De fées et de lutins joyeux
J'aime partager leurs victoires
Sur les dragons cracheurs de feu

La matinée touche à sa fin
Il faut fermer la parenthèse
Et retrouver le quotidien
Les obligations qui nous pèsent

Mon bonheur du dimanche matin
Rendez-vous dimanche prochain

mardi 30 septembre 2014

La fille du Roi et la Grenouille (partie 2)

La princesse a promis à la grenouille une amitié durable en échange de sa balle en or tombée dans la fontaine. Mais lorsque l'animal lui rend l'objet, la coquine s'enfuit, oubliant sa promesse. La bestiole la suit au château et, pendant le banquet du soir, frappe à la porte pour demander à la jeune fille d'honorer son serment.

(Garulfo a une option pour la fin... avouez qu'elle ne manque pas de piquant)

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Une seconde fois, le battement reprit
Et la voix de la bête se fit plus insistante
"Jeune fille du Roi, ouvre-moi je t’en prie
Tiens ton engagement et ne sois point méchante"

L’auguste souverain, connu pour sa bonté
Regarda la Princesse et dit en souriant
"Quand tu conclus un pacte, tu dois le respecter
Laisse entrer ta grenouille, conduis-toi gentiment"

L’immonde créature pénétra dans la pièce
Puis sautilla jusqu’à la noble demoiselle
"Restaurons-nous ensemble, s’il vous plaît votre Altesse"
Et elle bondit au bord du plat d’or de la belle

La grenouille mangea d’un féroce appétit
Quand l’enfant écœurée manquait de s’étrangler
À la fin du repas, la barboteuse dit
"Me voici rassasiée, allons donc nous coucher"

Alors la jeune fille éclata en sanglots
Comment parviendrait-elle à partager son lit
Quand elle avait si peur de caresser la peau
Granuleuse et glacée de sa nouvelle amie ?

Excédé, le monarque rabroua la Princesse
"Ne méprise donc pas celle qui t’a aidée
Lorsque tu éprouvais une grande tristesse"
L’enfant gagna sa chambre et cessa de pleurer

Une fois dans son domaine, elle posa l’animal
Dans le coin le plus sombre et le plus éloigné
De son grand baldaquin aux draps de soie bleu pâle
Enfin débarrassée, elle partit s’allonger

"Garde-moi près de toi où j’en parle à ton père"
Menaça la grenouille. La Princesse craqua
Elle empoigna la bête et la jeta à terre
En hurlant son courroux : "Ainsi, tu dormiras !"

Mais lorsque la grenouille effleura le tapis
Il ne s’agissait plus d’un immonde animal
Un Prince se tenait debout aux pieds du lit
Ses yeux étaient rieurs, son sourire amical

La Princesse accepta d’obéir à son père
Et d’aimer pour toujours l’infortuné garçon
Qui avoua, ému, qu’une méchante sorcière
L’avait changé en bête sans aucune raison

Le lendemain des noces, le tout jeune marié
Devait mener sa belle dans son nouveau palais
Et au petit matin chacun vit arriver
Une voiture attelée de huit chevaux de jais

Le Prince découvrit Henri, son serviteur
Installé à l’arrière de la calèche d’or
Le fidèle valet apprenant son bonheur
Souhaitait mener son maître et sa femme à bon port

Lorsqu’Henri avait vu son Prince transformé
Son cœur s’était rempli d’une tristesse sincère
Et de peur qu’il finisse bientôt par éclater
Il banda sa poitrine de trois cercles de fer

Le valet installa les jeunes souverains
Bien confortablement dans le riche carrosse
Puis il reprit sa place à l’arrière de l’engin
Et ils partirent enfin pour leur voyage de noces

Au bout de quelque temps, on entendit craquer
Le Prince s’inquiéta craignant qu’une roue ne casse
Henri le rassura "La peine m’a quittée
Et mon cœur se libère de l’étau qui l’enlace"

Le puissant craquement survint deux fois encore
Alarmant le monarque, mais ce n’était qu’Henri
Heureux que son seigneur soit libéré du sort
Et dont les fers épais se brisaient à grands bruits

FIN

dimanche 28 septembre 2014

La fille du Roi et la Grenouille (partie 1)

Ce blog est endormi depuis bien longtemps (pas cent ans, certes, mais deux, ce qui est déjà pas mal). A la suite des contes de Peau d'Ane et de la Princesse au petit pois, j'avais pourtant promis que je posterais les deux autres contes que j'ai écrits. Voici donc la première partie de l'histoire de la Fille du roi et la grenouille, inspirée du conte des frères Grimm. Pour le visuel, je n'ai pu résister au plaisir d'utiliser une image de Garulfo, excellente BD d'Alain Ayroles (scénario) et de Bruno Maïorana (dessins).

**********************************

Il était une fois, un fier et noble Roi
Qui élevait des filles d’une grande beauté
Mais lorsque la plus jeune montrait son frais minois
Le soleil lui-même semblait pâle à côté

Un jour qu’il faisait chaud, la belle enfant partit
Tout prêt d’une fontaine, au cœur de la forêt
À l’ombre d’un tilleul centenaire elle s’assit
Et pour se rafraîchir, elle se trempa les pieds

De peur de s’ennuyer, elle prit sa balle d’or
Se mit à la lancer, puis à la rattraper
Mais quand elle le loupa, l'objet roula au bord
De la source profonde pour sitôt y sombrer

La tendre jeune fille, pleura de désespoir
Alors qu’elle gémissait, elle entendit crier
"Racontez-moi, Princesse, cette terrible histoire
Qui fait rougir vos yeux et couler votre nez"

La Princesse, surprise, regarda autour d’elle
Et vit une grenouille à l’aspect repoussant
"Ma balle a disparu, expliqua la donzelle
Comment la retrouver ? Le bassin est si grand"

"Que me donneras-tu, si je te rends ton bien ?"
Demanda l’animal. "Tout ce que tu voudras
Mes perles, mes diamants, ma couronne d’or fin"
Mais toutes ces richesses, la bête les refusa

"Prends-moi comme compagne, accepte de m’aimer
Permets-moi de manger à la table du Roi
Et aussi de dormir sur ton doux oreiller
Je trouverai ta balle si tu promets cela"

La Princesse jura une main sur le cœur
Le batracien plongea et au bout d’un moment
La jouvencelle poussa un soupir de bonheur
Quand son ballon roula à ses pieds lentement

La belle se pencha, ramassa le jouet
Puis s’enfuit en courant, oubliant sa promesse
La grenouille appela aussi fort qu’elle pouvait
Mais jamais elle ne put rattraper la Princesse

Le soir du lendemain, à l’heure du dîner
Alors que l’assistance se restaurait gaiement
Elle entendit des "plouf, plouf" monter l’escalier
On frappa à la porte avec acharnement

"Jeune fille du Roi, ouvre-moi je t’en prie"
À ces mots l’ingénue se leva de sa place
Pour voir qui l’implorait avec tant d’énergie
Quand elle vit la grenouille, son sang devint de glace

Elle claqua le battant et retourna s’asseoir
Frissonnante de peur, tremblante de dégoût
Son père le remarquant désira donc savoir
Si un géant venait pour lui tordre le cou

"Oh non, mon cher papa, lui répondit l’enfant
Ce n’est qu’une grenouille qui m’a porté secours
Mais pour qu’elle s’exécute, je dus prêter serment
Qu’elle deviendrait alors mon amie pour toujours"

(à suivre...)

dimanche 20 mai 2012

A mon Amour



Je rêve

Je rêve de tes yeux
Brûlant de mille feux
D'un amour merveilleux
                        Pour moi

Je rêve de ta bouche
De ton rire qui me touche
De tes mots qui font mouche
                        Parfois

Je rêve de tes mains
Qui caressent si bien
Et apaisent ma faim
                        De toi

Je rêve de nos cœurs
Battant à cent à l'heure
Éclatant de bonheur,
                        De joie

Je me suis réveillée
Et me suis retournée
Tu dormais à côté
                        De moi

Photo trouvée ici

samedi 21 janvier 2012

Poème du bord de l'eau


Au bord de la rivière

Elle se rendait à la rivière
Tous les matins à la rosée
Elle s'asseyait sur une pierre
Laissant voyager ses pensées

Elle avait cru sa vie entière
Que le Prince Charmant existait
Qu'il traverserait les Enfers
Juste pour venir la chercher

Mais elle demeurait solitaire
Pensant que personne ne l'aimait
Et que son existence austère
Prématurément la tuerait

Un soir elle rêva de sa mère
Qui tendrement lui souriait
"Dans ton cœur brille une lumière
Qui ne demande qu'à rayonner"

Elle comprit alors que pour plaire
Elle ne devait plus se cacher
Et que le monde n'a que faire
Des pauvres âmes esseulées

La bonté de son caractère
Lui offrit quelques amitiés
Au bal elle était la première
Que l'on invitait à danser

Aujourd'hui près de la rivière
Elle rit de ses malheurs passés
Puisque demain sur cette pierre
L'embrassera son fiancé

Image trouvée ici

(edit : le lien de la photo n'étant plus actif, c'est le blog de la photographe qui s'affiche)

Ode à Titine

Un poème écrit à la naissance de Titine.

Ma fille, mon amour

Tu es le fruit de mon bonheur
Avec ton père, mon âme sœur
Pendant neuf mois j'ai attendu
La main sur mon ventre tendu
Ma fille, mon amour
Ma fille, pour toujours

Dans ton petit cocon douillet
Tout bas déjà je te parlais
Le visage rayonnant de joie
Quand je te sentais vivre en moi
Ma fille, mon amour
Ma fille, pour toujours

On m'avait dit qu'une naissance
Est une merveilleuse expérience
Mais aucun mot ne peut décrire
Ce qu'une maman peut ressentir
Ma fille, mon amour
Ma fille, pour toujours

Quand enfin tu es apparue
Dans tes merveilleux yeux j'ai lu
Une confiance démesurée
Alors d'émotion j'ai pleuré
Ma fille, mon amour
Ma fille, pour toujours

Ma chérie je te le promets
Sur la route je te guiderai
Aussi longtemps que tu voudras
Pour que tu ne te perdes pas
Ma fille, mon amour
Ma fille, pour toujours

jeudi 17 février 2011

La Princesse au petit pois


Voici le deuxième conte en rimes. Il s'agit du conte d'Andersen, La Princesse au petit pois. C'est un de mes contes préférés depuis que je suis petite.

La Princesse au petit pois

Il était une fois, un Prince très exigeant
Puisqu’il ne désirait mener devant l’autel

Qu’une jeune personne digne de son haut rang

Ainsi fille de roi serait la jouvencelle

Il parcourut le monde dans l’espoir de trouver

Enfin la perle rare, la promise idéale
Mais celles qu’il rencontra ne purent lui prouver

Que dans leurs veines bleues coulait du sang royal


Et lorsqu’il fut certain d’avoir cherché partout

Il retourna chez lui le cœur lourd de tristesse

Pleurant ses illusions et son rêve un peu fou
D’un jour épouser une véritable Princesse


Mais un terrible soir, quand l’orage tonnait
Et que le ciel furieux lançait éclairs et pluie

On entendit frapper aux portes du palais

Des coups si empressés que le vieux roi ouvrit


Une frêle jeune fille se tenait sur le seuil

Qui demandait asile, les yeux plein de détresse

Les vêtements trempés, tremblant comme une feuille

Et malgré tout cela, elle se disait Princesse

"C’est ce que nous verrons", pensa la vieille reine

Que l’aspect miséreux de la belle inconnue

Emplissait de méfiance, on le comprend sans peine

Ainsi, elle décida de piéger l’ingénue

Dans la chambre à coucher, elle déposa un pois

Sur le sommier moelleux et empila dessus

Vingt épais matelas remplis de plumes d’oie

Et par-dessus encore, vingt édredons ventrus


La reine demanda au petit-déjeuner

Comment son invitée avait passé la nuit

"Affreusement, Madame, car je me suis couchée

Sur une chose dure au milieu de mon lit"


Quand elle montra sa peau recouverte de bleus

Portant enfin la preuve de sa délicatesse

La reine fut comblée et le Prince fort heureux
D’avoir accueilli une authentique Princesse


Au bout de quelques jours, en bonne compagnie,

Le jeune homme épousa la dame de ses pensées

Dans le Cabinet d’Art, le grain de pois fut mis

Et encore aujourd’hui, vous pourrez l’y trouver

Photo © 2005 by Tomasz Sienicki - trouvée sur Wikipédia

vendredi 21 janvier 2011

Le chant de Kalliopê (9)


IX- Une famille, enfin !

Peu de temps après, je demandais officiellement à rentrer au sein des Faucheuses d’Âmes en remplissant le questionnaire en vigueur à l’époque. Deux jours plus tard, Lizzy, à qui j’avais confié ma démarche, me remit une enveloppe cachetée aux armoiries de la guilde. Je la décachetais fébrilement pour lire la missive couverte d’une écriture fine et nerveuse.

- Alors ? m’interrogea ma logeuse. Es-tu acceptée ?
- Je ne sais pas, répondis-je en lui tendant le parchemin. Lilith m’invite à la rejoindre dans la salle des médaillons de Camelot dans la soirée. Tu crois que c’est bon signe ? ajoutais-je anxieusement.
- Le ton de la lettre est amical et si tu ne convenais pas, elle n’aurait sûrement pas pris la peine de se déplacer, tu ne penses pas ?
- Je suppose... dis-je avec un petit sourire.

Les heures d’attente me parurent des siècles alors qu’une boule m’enserrait peu à peu la gorge à l’idée d’un refus. J’avais beau me dire que ce ne serait pas la fin du monde, qu’il existait d’autres guildes susceptibles de m’accueillir, je ne pouvais contrôler cette angoisse. Être rejetée une fois encore, me retrouver de nouveau sans foyer, sans famille, m’était insupportable. J’avais besoin d’être reconnue, comme un enfant par ses parents le jour de sa naissance, besoin aussi d’être soutenue, portée par des bras protecteurs. J’étais si fatiguée d’avoir dû cheminer seule toutes ces années, sans personne pour me relever quand je tombais et pour m’encourager à continuer ma route. Tous mes espoirs,  ce jour-là, reposaient sur les Faucheuses...

J’arrivais très en avance dans la salle du premier étage du château. J’aperçus Lilith qui m’attendait à l’autre bout de la salle et me dirigeais vers elle d’un pas hésitant. Le sourire qui illumina son visage à mon approche ne me laissa aucun doute sur la réponse qu’elle allait me donner. Mon cœur bondit dans ma poitrine quand elle prit la parole :
- Kalliopê, j’ai le plaisir de t’annoncer ton intégration dans notre communauté.

Elle déposa dans ma main une broche aux armes des Faucheuses et une bourse contenant quelques pièces d’or.
- Je te remets officiellement ton insigne d’Aspirante ainsi que des fonds pour t’acheter du matériel de qualité.
Elle me prit dans ses bras alors que j’étouffais avec peine un sanglot de soulagement.
- Merci ! Oh merci à vous Lilith !, parvins-je à bafouiller alors que des larmes de joie dévalaient le long de mes joues.
- Bienvenue dans notre famille jeune Ménestrelle et rappelle-toi, Faucheuse un jour, Faucheuse toujours.
Puis, elle ajouta les yeux pétillants d’espièglerie :
- Le tutoiement est de rigueur chez nous. Il va falloir en prendre l’habitude.
- Promis, hoquetais-je en riant et pleurant à la fois.

Son ton se fit alors plus grave :
- J’aurais aimé une cérémonie avec l’ensemble de nos sœurs pour ton arrivée, mais nous partons en mission dans quelques heures et je suis attendue pour régler les derniers détails. Comme je ne voulais pas te faire patienter plus longtemps, j’ai préféré te voir seule, dès ce soir. J’espère que tu ne m’en veux pas.
- Comment pourrais-je t’en vouloir alors que tu viens de me combler, la rassurais-je.

Après une dernière accolade, elle partit vers le marchand de médaillons et je retournais à l’auberge annoncer à Lizzy mon entrée dans la guilde, le cœur empli d’allégresse et la tête pleine de rêves...

Aujourd’hui, je viens d’atteindre mon 36e cercle et j’ai été promue Faucheuse Accomplie par mes pairs, en attendant mon statut de Faucheuse Confirmée lorsqu’à mon tour, je gagnerai le droit de porter mon armure épique. Bien que je sois trop rarement à mon goût avec mes amies, mon travail et mes études me prenant énormément de temps, chaque rencontre me ravit et je remercie les Dieux chaque jour pour le don qu’ils m’ont accordé. J’ai enfin trouvé ma famille ! Depuis que je suis parmi mes sœurs, certaines sont parties, d’autres nous ont rejointes. Nous avons vécu des hauts et des bas, des moments d’intense exultation et d’autres de profond désarroi. Mais quelles que soient les épreuves que je traverserai, les Faucheuses resteront mon chez-moi, celles avec qui je me ressource, celles pour qui je me bats. Elles sont ma raison de vivre dans ce monde si cruel et si violent qu’est Camlann.

Merci mes amies, mes sœurs, mes chères Faucheuses. Je vous aime...

Les Faucheuses d’Âmes
Fières amazones, femmes ardentes
A
mies, complices, belles amantes
U
nies comme les doigts de la main
C
hevauchant le même destin
H
abiles au maniement des armes
É
mues de voir couler les larmes
U
ltime espoir des opprimés
S
ouhaitant leur honneur venger
E
lles forment une famille, un clan
S
ymbole fort de leurs sentiments

D’
aucuns diront que toute chaîne
A
vec le temps, peut se briser
M
ais toutes les difficultés
E
lles les ont toujours surmontées
S
ans fureur, sans peur et sans haine

Illustration : Francis Manapul pour "7 guerrières"

Le chant de Kalliopê (8)


VIII- Les Faucheuses d'Âmes

Ma journée s’était déroulée lentement, tellement j’avais hâte de me rendre à l’invitation de Lilith pour converser de nouveau avec elle.

Dès la fin de mes cours à l’Académie, alors que le soleil commençait à décliner, je me dirigeais vers l’imposant château de Camelot au premier étage duquel, m’avait-on indiqué, se trouvait la "salle des médaillons". Il s’agissait en fait d’un immense balcon surplombant tout le pourtour du rez-de-chaussée. J’étais impressionnée par la beauté du lieu, le parquet brillant, la rambarde en bois sculptée avec art, les vitraux multicolores retraçant les aventures épiques de notre bon roi Arthur et qui, dans le soleil couchant, donnaient à cet endroit une atmosphère incomparable.

À ma gauche, une masse d’aventuriers s’agglutinaient autour de deux hommes. Je compris vite que le premier auquel s’adressaient les voyageurs leur vendait les fameux colliers leur permettant d’atteindre leur destination et que le deuxième, un mage, psalmodiait un sort activant le pouvoir des bijoux. J’avançais donc vers le marchand, achetais un médaillon pour Jordheim et l’attachais autour de mon cou. J’attendais ensuite patiemment mon tour pour demander au magicien de me téléporter dans la capitale Midgarienne.

Je ne saurais décrire l’impression que j’ai ressentie au moment du "saut"... Il me fallut quelques secondes avant de reprendre mes esprits et me débarrasser du léger vertige qui m’avait envahi. Je me dis que cela s’atténuerait sûrement avec l’habitude... Une fois mon sentiment de malaise passé, je regardais autour de moi. Je me trouvais dans une gigantesque salle entièrement lambrissée, sur une large estrade où se déroulait le même manège que dans la "salle des médaillons" de Camelot. Apercevant un escalier, je le descendais prestement pour sortir du bâtiment. L’air glacial qui m’accueillit me surprit et je resserrais ma cape autour de mes épaules : "la prochaine fois, je penserai à me couvrir plus chaudement", murmurais-je.

Je me mis en route à travers Jordheim, à la recherche de la taverne des Faucheuses d’Âmes. Marcher dans le dédale des rues de la cité me permit d’apprécier l’architecture locale. Elle respirait la simplicité, la force et la solidité, à l’image des habitants de ce royaume, forcés d’évoluer dans un climat rude aux hivers extrêmement longs et rigoureux. Je demandais plusieurs fois mon chemin de peur de me perdre et arrivais bientôt en vue d’une auberge cossue dont l’enseigne portait le nom de "Chez Rosita" et d’où s’échappaient des cris et de grands éclats de rire.

Sans hésiter, j’ouvris la porte… À l’intérieur, un terrible brouhaha et une alléchante odeur de cuisine m’assaillirent. Je m’avançais vers un large comptoir en chêne derrière lequel se tenait la tenancière.

- Bonjour, commençais-je. Je cherche Lilith. Sauriez-vous si elle est arrivée ?
- Les Faucheuses se trouvent dans la salle privée, me répondit Rosita avec un sourire chaleureux. Lilith m’a prévenue qu’une jeune Ménestrelle les rejoindrait sûrement dans la soirée. C’est la porte au fond de la salle.

Je la remerciais et zigzaguais péniblement à travers la foule pour atteindre enfin mon objectif.
Je décidais de ne pas frapper, doutant d’entendre une quelconque réponse dans la cacophonie ambiante et pénétrais timidement dans le salon après avoir refermé le battant derrière moi. Une vingtaine de femmes entouraient une immense firebolgue aux cheveux verts, qui arborait un sourire radieux. Lilith se tenait à côté d’elle et demanda le silence :
- Mes sœurs, annonça-t-elle. Nous sommes réunies ce soir pour fêter le cercle ultime de notre Grande Téa. En attendant le retour de sa quête, au terme de laquelle elle arborera l’Armure Épique des membres de sa profession, félicitons-la dignement !

Elle prit son amie dans ses bras et l’embrassa joyeusement sur les joues.
- Teachaiika, bravo… et tu sais que les Faucheuses répondront présent si tu souhaites leur aide dans ta quête.

Des vivats retentirent dans toute la pièce et les Faucheuses se précipitèrent vers leur compagne pour la congratuler.

Voir des personnes si différentes et pourtant si unies dans un tel élan de joie me fit chaud au cœur. Je sentais l’affection et le respect qui les habitaient et les rendaient plus fortes. L’émotion me prit à la gorge et mes yeux se remplirent de larmes. C’est à ce moment que Lilith m’aperçut. Elle me fit un grand signe de la main et lança :
- Kalliopê, venez que je vous présente aux filles !

Tous les regards convergèrent vers moi alors que je m’avançais et sur les visages, je ne lisais que gentillesse et bienveillance. Lilith me prit par l’épaule et me présenta. Les Faucheuses me souhaitaient la bienvenue et me posaient des tonnes de question, tellement que la tête m’en tournait. Certaines me serraient la main, d’autres m’embrassaient, toutes riaient...

La soirée fut un enchantement ! Je ne résistais pas à chanter quelques chansons rythmées, invitant les jeunes femmes à chanter avec moi et à danser. J’avais l’impression de me retrouver en famille... celle que j’avais imaginée dans mon enfance et qui m’avait tellement manquée. Celle qui ne juge pas, celle qui vous aime pour ce que vous êtes. Et repoussé par cette ambiance bon enfant, le nuage noir et dense de tristesse qui emprisonnait mon âme ces dernières semaines, se dissipa peu à peu. J’étais si bien…

Image trouvée ici

jeudi 20 janvier 2011

Le chant de Kalliopê (7)

VII- Une rencontre décisive

Cette plongée dans mon passé m’avait anéantie… Bien sûr, mon mentor m’avait convaincue de sa nécessité pour continuer mon apprentissage, mais le travail que je m’imposais me laissait chaque fois plus désemparée que la précédente.

Je continuais néanmoins à donner mes représentations à l’auberge de Costwold. Le propriétaire de l’établissement m’avait permis d’emménager dans une confortable petite chambre au deuxième étage, où je disposais d’un lit moelleux, d’une armoire et d’un bureau pour travailler. Sa femme Elizabeth, avec qui j’avais sympathisé, m’apportait régulièrement des fleurs fraîches qu’elle disposait dans un joli vase près de la fenêtre ainsi que des chandelles de cire blanche pour me permettre d’écrire tard dans la nuit.

J’avais décidé de raconter ma propre histoire, pensant que cela me permettrait peut-être d’évacuer ma douleur. Mais mon héroïne trouvait le bonheur et tout se terminait pour le mieux, à la plus grande satisfaction du public. À la fin de chaque spectacle, je montais directement dans mon antre pour y dîner. Je n’avais plus le courage de me mêler à la foule joyeuse des habitués…
Elizabeth, que j’avais affectueusement surnommée Lizzy, s’inquiétait de mon état et veillait à ce que je mange suffisamment. Elle venait me voir quand son travail lui en laissait le loisir et me racontait les potins de la capitale. Je faisais mine de l’écouter avec intérêt pour ne pas la peiner, mais le cœur n’y était pas. Le désespoir et la solitude me détruisaient peu à peu et ma passion pour mon nouveau métier ne parvenait plus à me consoler.

Un soir pourtant, je demandais Lizzy de me servir mon repas dans la grand-salle et je m’installais à une petite table près de la cheminée. C’est là que je la vis pour la première fois… Elle se tenait adossée au comptoir et m’observait. Elle était grande, svelte et d’une beauté à couper le souffle. Ses cheveux, tressés savamment, flamboyaient d’un rouge chaud comme le soleil couchant, encadrant un visage clair et pur. Ses lèvres pulpeuses avaient la couleur rosée des friandises préférées des enfants de Camelot. Ses yeux, aussi bleus que le ciel au plus fort de l’été Albionnais, semblaient si profonds que tout homme aurait pu s’y perdre sans espoir de retour.

Elle se dirigea vers moi. Je remarquais qu’elle était vêtue, à l’instar des guerriers, d’une cotte de mailles soulignant avantageusement ses formes généreuses et qu’elle portait une épée longue et une autre à deux mains. Sa démarche féline et ses gestes fluides démontraient une expérience que seules des années de combat sont susceptibles de procurer. Tous les mâles présents la suivaient du regard, hypnotisés par le balancement de ses hanches. Je vis quelques aventuriers hocher la tête sur son passage, en signe de respect dû à une personne de grande valeur.
C’est lorsqu’elle s’arrêta devant moi que j’aperçus le médaillon d’or ornant sa poitrine. Il représentait une épée autour de laquelle s’enroulait une rose. Je pensais furtivement que cet insigne lui ressemblait… un mélange subtil de force et de douceur.

- Puis-je me joindre à vous ? me demanda-t-elle d’une voix mélodieuse.
- Je… je vous en prie, balbutiais-je timidement.
Face à elle, je me sentais aussi insignifiante et dépourvue d’attrait qu’un canard dans un troupeau de cygnes.

- Je tenais à vous remercier de m’avoir aussi bien divertie. Il y a longtemps que je n’avais vu un auditoire aussi attentif, me dit-elle en souriant. Puis elle ajouta en me tendant la main : Mais je ne me suis pas présentée… Pardonnez-moi ! Je me nomme Lilith Elween.
Je me sentis soudain en confiance et j’avançais la mienne à mon tour :
- On m’appelle Kalliopê.

Je ne savais pas encore que cette rencontre changerait mon existence…
Je demandais à Lilith si elle avait dîné et, devant la négative, appelais Lizzy pour qu’elle nous serve un plat chaud accompagné de bon vin.
- Dites-moi, Kalliopê", commença ma compagne. À partir de quel moment votre histoire de ce soir est-elle inventée ? Je pencherais pour votre arrivée à Camelot… Est-ce que je me trompe ?
Je la regardais avec surprise.
- Je n’ai jamais précisé qu’il s’agissait de moi…
- C’est pourtant évident, ma chère me répondit-elle en riant. Votre émotion et vos yeux vous ont trahi !

Je ne pouvais que lui avouer qu’elle avait raison.
Nous discutâmes longtemps, réchauffées par le breuvage épicé et le crépitement des flammes. Elle me parla du monde de Camlann, de sa violence depuis la mort d’Arthur.
- Venant d’arriver sur nos terres, vous bénéficiez encore d’une certaine immunité, mais bientôt, vous serez exposée vous aussi. Je vous conseille vivement d’intégrer une guilde afin de bénéficier d’une protection.
- Une guilde ? m'écriais-je. Mais je ne connais presque personne ici… On ne s’engage pas dans une confrérie à la légère !
- Je suis sure que l’aubergiste pourra vous renseigner sur les principales. Cependant, pensez bien à demander quels préceptes suivent ces groupements… Certains acceptent le meurtre gratuit, sans sommation, quelle que soit la cible. D’autres combattent exclusivement les personnes susceptibles d’entrer dans ce schéma. D’autres enfin, mettent un point d’honneur à ne répliquer qu’en cas d’agression. Tout dépend de vos convictions.
- Je suis une artiste, répliquais-je. Je déteste la brutalité ! Bien sûr, il est hors de question de me laisser trucider sans répliquer, mais dans aucun cas je ne serai à l’initiative d’un combat.

Lilith me sourit en se levant :
- Je dois vous laisser car il se fait tard et je n’ai pas vu le temps passer. Venez donc me voir à Jordheim, nous continuerons cette conversation. Je serai à la taverne des Faucheuses d’Ames.

Je lui promis de profiter de ma soirée de repos du lendemain pour m’y rendre. Après un dernier au revoir, elle quitta l’établissement.

Je montais alors dans ma chambre et me couchais aussitôt. Mes cauchemars furent moins nombreux cette nuit-là…

Illustration : Might par RogueElement.

mardi 18 janvier 2011

Le chant de Kalliopê (6)

VI- Réminiscences

Pour mon premier jour d'apprentissage, j'arrivais à l'heure dite et me dirigeais directement vers la classe dans laquelle j'avais effectué mon examen d'entrée à l'Académie. Mon instructeur m'attendait et m'accueillit d'un hochement de tête approbateur :

- Bonjour, Kalliopê. Vous êtes ponctuelle, voilà qui m'agrée. Pour commencer, j'aimerais vous connaître un peu mieux. Parlez-moi de vous, de ce qui vous a mené sur la voie des Ménestrels…
Je pâlis et mon sourire s'effaça aussitôt.
- Sans vouloir vous offenser, Maître Berwick, répondis-je. Mon passé est derrière moi et je ne souhaite pas m'y appesantir.
Son regard s'adoucit et il soupira.
- Allons nous asseoir un instant, voulez-vous ? me dit-il en m'entraînant vers un banc près de la fenêtre. Vous semblez avoir subi bien des épreuves, je le lis sur votre visage. Je comprends que vous souhaitiez tourner la page, mais chercher à oublier votre histoire serait une erreur. Ce serait renier la personne que vous êtes…

Après une courte pause et face à mon mutisme obstiné, il continua :
- Dans la profession de Ménestrel, comme dans celle de Comédien, quoi que vous contiez, il est primordial d'être crédible. C'est pourquoi vous devrez vous servir des émotions ressenties pour les retransmettre à votre auditoire le plus fidèlement possible. D'autre part, certains chants ou intonations appellent la magie. Réfléchissez ! Quand, d'après vous, le pouvoir de la Voix s'est-il manifesté pour la première fois ? Je vous laisse méditer sur cette question. Lorsque vous serez en mesure de me donner une réponse, nous continuerons.
Il me tapota l'épaule, se leva et sortit de la pièce.

Je restais là un long moment, l'esprit vide, regardant sans les voir les élèves déambulant d'un côté à l'autre de la cour. Soudain, je fus assaillie par une multitude de souvenirs ; mon passé recelait si peu de joie et tant de souffrance, de peur et de tristesse. Les larmes coulaient sur mes joues et mon corps était secoué de sanglots silencieux. Enfin, je me rappelais avec une acuité surprenante d'un épisode survenu au tout début de mon mariage.

Mon mari était célèbre dans toute la maisonnée pour ses terribles accès de colère. Quand je me trouvais en sa présence, j'appris rapidement à détecter les prémices de ses sautes d'humeur. J'étais fière alors et je refusais de me laisser dompter par cet être que j'exécrais. À chaque altercation, je haussais la tête et affrontais bravement les cris et les coups, mais, malgré ma douleur, je me sentais gagnante au bout du compte ; le fait qu'à court d'arguments, il finisse par me frapper me confirmait sa lâcheté. Quelle idiote…

Mais un jour, j'allais trop loin. Nous devions nous rendre à une de ces soirées pour lesquelles il me forçait à porter des vêtements tapageurs afin de m'exhiber comme un vulgaire trophée. Ne me voyant pas arriver, il s'était rendu dans ma chambre pour m'ordonner de me presser. Je l'envoyais paître d'une voix dure, refusant de me prêter une fois de plus à cette mascarade. Il marcha vers moi et, avant que je réagisse, il m'asséna une gifle retentissante. La violence du coup m'envoya sur le lit et je me cognais l'épaule contre le baldaquin. Il saisit alors la toilette posée sur l'édredon, me la jeta à la face en me hurlant de m'habiller sur le champ. Je me levais en vacillant et plongeais mon regard droit dans le sien. D'un geste rageur, j'arrachais la manche de la robe.
- Plutôt crever ! crachais-je avec mépris.

Je me rendis compte trop tard de mon erreur. Une lueur de folie meurtrière s'alluma dans ses yeux. Il m'attrapa par les cheveux et me jeta sauvagement contre le mur près de l'âtre. Mon crâne heurta durement le manteau de la cheminée et je m'écroulais au sol, à moitié assommée. Je tentais de me relever quand il me lança un terrible coup de pied dans les cotes qui me coupa le souffle. J'entendis un craquement et une douleur aiguë manqua de me faire défaillir. Je me roulais en boule pour me protéger alors qu'il continuait de me frapper encore et encore, en vociférant des insultes. L'entendant se déplacer, je soulevais la tête. À travers le sang qui coulait de mon front, je le vis se pencher pour attraper le tisonnier. Mon cœur manqua un battement et la terreur me noua la gorge. Il se retourna vers moi, leva son arme et proféra dans un rictus sinistre :
- Oui, tu vas crever, sale garce !

Sans réfléchir, je tendis mon bras vers lui et criais d'une voix que je ne me connaissais pas :
- Arrêtez !

Ses yeux se voilèrent et il resta immobile quelques secondes. Le tisonnier s'échappa de sa main et tomba sur le tapis dans un bruit sourd. J'en profitais pour lui parler doucement afin de l'apaiser. Son bras s'abaissa peu à peu comme il reprenait ses esprits. L'orage était passé. Je me tus. Un silence pesant s'installa, entrecoupé par les crépitements du feu et par nos respirations haletantes. Il me tourna le dos et se dirigea vers la porte d'un pas lent. Il l'ouvrit et, avant de quitter la pièce, il marmonna :
- Vous avez de la chance. Pour ce soir, je dirai que vous êtes souffrante. Mais si vous osez me défier encore une fois, je vous tuerai !
J'entendis ses pas s'éloigner dans le couloir avant de perdre conscience.

Je comprenais maintenant les propos de mon professeur. Revenant au présent, j'attendais un peu pour retrouver un semblant de sérénité, puis je partais à la recherche de Maître Berwick pour lui raconter mon histoire.

Désespoir

Lorsque je me suis libérée

De ce passé qui me rongeait

Je pensais que si je ne me retournais pas

Une nouvelle vie s'offrirait à moi

Malgré les tourments de la guerre

Le mal qui parcourait nos terres

Je voulais aider les Camlannais

Leur rendre le sourire, les faire rêver

J'étais si sûre d'y arriver…


Mais pour devenir Ménestrelle

En connaître toutes les ficelles

Je devais plonger dans ce passé

Que j'avais promis d'oublier

Je croyais que j'étais assez forte

Que je pourrais ouvrir la porte

Emprisonnant mes souvenirs

Et enfin les laisser sortir

J'étais si sûre d'y arriver…


Mais le temps n'adoucit rien

Ni la douleur, ni le chagrin

Et le désespoir a déferlé

En moi comme un raz-de-marée

Je ne peux pas le faire sortir

Il me torture, il me déchire

Je cherche une lueur pour me guider

Pour m'éviter à jamais de sombrer

Je ne suis pas sûre d'y arriver…


Je voulais donner du bonheur

Guérir les plaies, soigner les cœurs

Mais qui me soignera, moi ?

Qui me soignera…


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