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mardi 30 septembre 2014

La fille du Roi et la Grenouille (partie 2)

La princesse a promis à la grenouille une amitié durable en échange de sa balle en or tombée dans la fontaine. Mais lorsque l'animal lui rend l'objet, la coquine s'enfuit, oubliant sa promesse. La bestiole la suit au château et, pendant le banquet du soir, frappe à la porte pour demander à la jeune fille d'honorer son serment.

(Garulfo a une option pour la fin... avouez qu'elle ne manque pas de piquant)

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Une seconde fois, le battement reprit
Et la voix de la bête se fit plus insistante
"Jeune fille du Roi, ouvre-moi je t’en prie
Tiens ton engagement et ne sois point méchante"

L’auguste souverain, connu pour sa bonté
Regarda la Princesse et dit en souriant
"Quand tu conclus un pacte, tu dois le respecter
Laisse entrer ta grenouille, conduis-toi gentiment"

L’immonde créature pénétra dans la pièce
Puis sautilla jusqu’à la noble demoiselle
"Restaurons-nous ensemble, s’il vous plaît votre Altesse"
Et elle bondit au bord du plat d’or de la belle

La grenouille mangea d’un féroce appétit
Quand l’enfant écœurée manquait de s’étrangler
À la fin du repas, la barboteuse dit
"Me voici rassasiée, allons donc nous coucher"

Alors la jeune fille éclata en sanglots
Comment parviendrait-elle à partager son lit
Quand elle avait si peur de caresser la peau
Granuleuse et glacée de sa nouvelle amie ?

Excédé, le monarque rabroua la Princesse
"Ne méprise donc pas celle qui t’a aidée
Lorsque tu éprouvais une grande tristesse"
L’enfant gagna sa chambre et cessa de pleurer

Une fois dans son domaine, elle posa l’animal
Dans le coin le plus sombre et le plus éloigné
De son grand baldaquin aux draps de soie bleu pâle
Enfin débarrassée, elle partit s’allonger

"Garde-moi près de toi où j’en parle à ton père"
Menaça la grenouille. La Princesse craqua
Elle empoigna la bête et la jeta à terre
En hurlant son courroux : "Ainsi, tu dormiras !"

Mais lorsque la grenouille effleura le tapis
Il ne s’agissait plus d’un immonde animal
Un Prince se tenait debout aux pieds du lit
Ses yeux étaient rieurs, son sourire amical

La Princesse accepta d’obéir à son père
Et d’aimer pour toujours l’infortuné garçon
Qui avoua, ému, qu’une méchante sorcière
L’avait changé en bête sans aucune raison

Le lendemain des noces, le tout jeune marié
Devait mener sa belle dans son nouveau palais
Et au petit matin chacun vit arriver
Une voiture attelée de huit chevaux de jais

Le Prince découvrit Henri, son serviteur
Installé à l’arrière de la calèche d’or
Le fidèle valet apprenant son bonheur
Souhaitait mener son maître et sa femme à bon port

Lorsqu’Henri avait vu son Prince transformé
Son cœur s’était rempli d’une tristesse sincère
Et de peur qu’il finisse bientôt par éclater
Il banda sa poitrine de trois cercles de fer

Le valet installa les jeunes souverains
Bien confortablement dans le riche carrosse
Puis il reprit sa place à l’arrière de l’engin
Et ils partirent enfin pour leur voyage de noces

Au bout de quelque temps, on entendit craquer
Le Prince s’inquiéta craignant qu’une roue ne casse
Henri le rassura "La peine m’a quittée
Et mon cœur se libère de l’étau qui l’enlace"

Le puissant craquement survint deux fois encore
Alarmant le monarque, mais ce n’était qu’Henri
Heureux que son seigneur soit libéré du sort
Et dont les fers épais se brisaient à grands bruits

FIN

dimanche 28 septembre 2014

La fille du Roi et la Grenouille (partie 1)

Ce blog est endormi depuis bien longtemps (pas cent ans, certes, mais deux, ce qui est déjà pas mal). A la suite des contes de Peau d'Ane et de la Princesse au petit pois, j'avais pourtant promis que je posterais les deux autres contes que j'ai écrits. Voici donc la première partie de l'histoire de la Fille du roi et la grenouille, inspirée du conte des frères Grimm. Pour le visuel, je n'ai pu résister au plaisir d'utiliser une image de Garulfo, excellente BD d'Alain Ayroles (scénario) et de Bruno Maïorana (dessins).

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Il était une fois, un fier et noble Roi
Qui élevait des filles d’une grande beauté
Mais lorsque la plus jeune montrait son frais minois
Le soleil lui-même semblait pâle à côté

Un jour qu’il faisait chaud, la belle enfant partit
Tout prêt d’une fontaine, au cœur de la forêt
À l’ombre d’un tilleul centenaire elle s’assit
Et pour se rafraîchir, elle se trempa les pieds

De peur de s’ennuyer, elle prit sa balle d’or
Se mit à la lancer, puis à la rattraper
Mais quand elle le loupa, l'objet roula au bord
De la source profonde pour sitôt y sombrer

La tendre jeune fille, pleura de désespoir
Alors qu’elle gémissait, elle entendit crier
"Racontez-moi, Princesse, cette terrible histoire
Qui fait rougir vos yeux et couler votre nez"

La Princesse, surprise, regarda autour d’elle
Et vit une grenouille à l’aspect repoussant
"Ma balle a disparu, expliqua la donzelle
Comment la retrouver ? Le bassin est si grand"

"Que me donneras-tu, si je te rends ton bien ?"
Demanda l’animal. "Tout ce que tu voudras
Mes perles, mes diamants, ma couronne d’or fin"
Mais toutes ces richesses, la bête les refusa

"Prends-moi comme compagne, accepte de m’aimer
Permets-moi de manger à la table du Roi
Et aussi de dormir sur ton doux oreiller
Je trouverai ta balle si tu promets cela"

La Princesse jura une main sur le cœur
Le batracien plongea et au bout d’un moment
La jouvencelle poussa un soupir de bonheur
Quand son ballon roula à ses pieds lentement

La belle se pencha, ramassa le jouet
Puis s’enfuit en courant, oubliant sa promesse
La grenouille appela aussi fort qu’elle pouvait
Mais jamais elle ne put rattraper la Princesse

Le soir du lendemain, à l’heure du dîner
Alors que l’assistance se restaurait gaiement
Elle entendit des "plouf, plouf" monter l’escalier
On frappa à la porte avec acharnement

"Jeune fille du Roi, ouvre-moi je t’en prie"
À ces mots l’ingénue se leva de sa place
Pour voir qui l’implorait avec tant d’énergie
Quand elle vit la grenouille, son sang devint de glace

Elle claqua le battant et retourna s’asseoir
Frissonnante de peur, tremblante de dégoût
Son père le remarquant désira donc savoir
Si un géant venait pour lui tordre le cou

"Oh non, mon cher papa, lui répondit l’enfant
Ce n’est qu’une grenouille qui m’a porté secours
Mais pour qu’elle s’exécute, je dus prêter serment
Qu’elle deviendrait alors mon amie pour toujours"

(à suivre...)

jeudi 17 février 2011

La Princesse au petit pois


Voici le deuxième conte en rimes. Il s'agit du conte d'Andersen, La Princesse au petit pois. C'est un de mes contes préférés depuis que je suis petite.

La Princesse au petit pois

Il était une fois, un Prince très exigeant
Puisqu’il ne désirait mener devant l’autel

Qu’une jeune personne digne de son haut rang

Ainsi fille de roi serait la jouvencelle

Il parcourut le monde dans l’espoir de trouver

Enfin la perle rare, la promise idéale
Mais celles qu’il rencontra ne purent lui prouver

Que dans leurs veines bleues coulait du sang royal


Et lorsqu’il fut certain d’avoir cherché partout

Il retourna chez lui le cœur lourd de tristesse

Pleurant ses illusions et son rêve un peu fou
D’un jour épouser une véritable Princesse


Mais un terrible soir, quand l’orage tonnait
Et que le ciel furieux lançait éclairs et pluie

On entendit frapper aux portes du palais

Des coups si empressés que le vieux roi ouvrit


Une frêle jeune fille se tenait sur le seuil

Qui demandait asile, les yeux plein de détresse

Les vêtements trempés, tremblant comme une feuille

Et malgré tout cela, elle se disait Princesse

"C’est ce que nous verrons", pensa la vieille reine

Que l’aspect miséreux de la belle inconnue

Emplissait de méfiance, on le comprend sans peine

Ainsi, elle décida de piéger l’ingénue

Dans la chambre à coucher, elle déposa un pois

Sur le sommier moelleux et empila dessus

Vingt épais matelas remplis de plumes d’oie

Et par-dessus encore, vingt édredons ventrus


La reine demanda au petit-déjeuner

Comment son invitée avait passé la nuit

"Affreusement, Madame, car je me suis couchée

Sur une chose dure au milieu de mon lit"


Quand elle montra sa peau recouverte de bleus

Portant enfin la preuve de sa délicatesse

La reine fut comblée et le Prince fort heureux
D’avoir accueilli une authentique Princesse


Au bout de quelques jours, en bonne compagnie,

Le jeune homme épousa la dame de ses pensées

Dans le Cabinet d’Art, le grain de pois fut mis

Et encore aujourd’hui, vous pourrez l’y trouver

Photo © 2005 by Tomasz Sienicki - trouvée sur Wikipédia

mercredi 5 janvier 2011

Peau d'Âne (2)


Le roi a donc décidé d'épouser sa fille pour tenir la promesse faite à la défunte reine. La Princesse se rebelle ! Sur les conseils de sa marraine, la Princesse pose des conditions à ce mariage : une robe couleur du temps, une autre couleur de lune et une dernière couleur de soleil. Le roi accède à ses désirs et la jeune fille, en dernier recours demande la peau de l'âne banquier...
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"Cette fois c'en est trop, il vous faut vous enfuir
Couvrez-vous de haillons, souillez votre visage

De la peau de cet âne songez à vous vêtir

Pour que l’on vous oublie, sitôt votre passage"


"Mettez dans cette malle vos bijoux, vos toilettes
Et afin qu'en tout lieu, vous puissiez l'invoquer

Gardez auprès de vous cette utile baguette

Et ainsi pour toujours, Princesse vous resterez"


Alors elle s'échappa à l'autre bout du monde
Afin de se soustraire à son odieux destin
Son aspect repoussant effrayait à la ronde

Et seule une fermière la sauva de la faim


Ainsi, la jeune fille qu'on surnomma Peau d'Ane
S'occupa désormais de nourrir les dindons

Elle trouva dans les bois une sombre cabane

Où n'auraient même pas habité les cochons


Avec beaucoup de goût, elle orna sa maison
Grâce aux menus objets qu'elle avait emportés

Et ses jours de repos, elle quittait ses haillons

Pour un joli collier et de la soie porter


Le Prince, un jour, surpris pas une voix très pure
S'approcha de la porte et par curiosité

Se pencha pour coller son œil à la serrure

Il fut abasourdi par tant de majesté


Il courut au village trouver la paysanne
Pour savoir qui vivait dans la maison de bois

Elle répondit : "c'est cette crasseuse de Peau d'Ane"

Le jeune homme à ces mots en resta tout pantois


De retour au château, se croyant aliéné
Il entra dans sa chambre et ses parents soucieux

Mandèrent des médecins et de puissants sorciers

Pour guérir de ce mal leur enfant si précieux


Après consultation, ils se mirent tous d'accord :
Incontestablement, le Prince mourrait d'amour

Au chevet de son fils, la reine en réconfort

Avec délicatesse lui offrit son secours


"Dans une maisonnette, au milieu du sous-bois,
Habite une donzelle affublée d'oripeaux

Qu’un messager sur l’heure soit envoyé là-bas

Supplier que, pour moi, elle cuisine un gâteau"


Peau d'Ane se para de ses plus beaux atours
Pour satisfaire le souhait de l'amoureux transi

Mais alors qu’elle glissait le dessert dans le four

Une bague tomba dans la pâtisserie


Quand le Prince reçut son singulier présent
Il en prit un morceau, respira son fumet

Et l'avala tout rond, avec ravissement

Mais la bague resta collée sur son palais


Il toussa et soudain, il cracha dans son poing
Un anneau minuscule serti d'un solitaire

Aussitôt il promit de demander la main

De la dame capable d'y entrer l'annulaire


Apprenant la nouvelle parcourant le pays
Nobles et roturières se pressèrent au château

Mais qu'elles soient riches ou pauvres, disgracieuses ou jolies

Aucune ne parvint à enfiler l'anneau


Peau d'Ane fut conviée pour passer la dernière
Elle glissa dans la bague son doigt si délicat

C'est alors que tomba sa pelisse grossière

Et qu'elle se présenta en robe d'apparat


Le Prince lui jura un amour éternel
Et la cérémonie se déroula sans heurt

Le père de la promise la mena à l'autel

La sorcière leur souhaita une vie de bonheur


Le monarque conscient, enfin, de sa méprise
Avec un regard neuf, avisa la marraine

Elle usa de ses charmes afin qu’il la courtise
Et quelques mois plus tard, devint sa souveraine


Les tourtereaux vécurent jusqu'à leurs derniers jours
Une existence douce, facile et sans déboires

Ils eurent de beaux enfants et s'aimèrent toujours

C'est ainsi que s'achève cette charmante histoire

Image trouvée ici

Peau d'Âne (1)


Cette version du conte de Peau d’Âne m'a davantage été inspirée par le film de Jacques Demy que par le poème original de Charles Perrault. Mais Demy était très proche de l’auteur, malgré tout. Comme le poème est long, je le diffuserai en plusieurs fois…

Peau d’Âne


Il était une fois, il y a bien des lunes

Un roi qui possédait un très curieux trésor

Il s'agissait d'un âne qui faisait sa fortune

Car il transformait tout ce qu'il mangeait en or 


Le monarque, heureux homme, pouvait s'enorgueillir
D'une épouse dont les bardes chantaient la perfection

Il l'aimait follement, elle combla ses désirs

Lorsqu'une enfant naquit, célébrant leur passion
 


Seize années s'écoulèrent dans un bonheur serein
Mais le Destin aveugle accorde autant de prix

À un petit mendiant qu'à un grand souverain

Et la reine mourut frappée de pneumonie
 


Mais avant son trépas, le roi dut lui jurer
D’épouser une femme à la seule condition

Qu’elle surpassât la reine en grâce et en beauté

L’homme éploré promis sans plus de réflexion
 


Point ne revient aux filles le pouvoir de leur père
Les conseillers du roi le prièrent sans tarder

De trouver une femme à la santé de fer

Qui pourrait concevoir, enfin, un héritier
 


Des propositions vinrent de la terre toute entière
Mais du monarque aucune n'emporta le suffrage

Puisque sa descendance ressemblait à sa mère

C'est donc à celle-ci qu'il offrit le mariage
 


Devant le sacrilège, maintes voix s'élevèrent
Pour protester avec une extrême énergie

La jeune fille en pleurs vint supplier son père
Le roi était buté, jamais il ne faiblit
 


La Princesse avait pour marraine une sorcière
Qui, scandalisée par ce projet saugrenu,

Quitta en toute hâte son mystérieux repère

Et gagna le château pour sauver l'ingénue
 


"Mon enfant, restons calmes, échafaudons un plan
Exigez qu'on vous offre en cadeau d'épousailles

Une nouvelle robe, disons, couleur du temps

Nul ne pourra jamais accomplir ce travail"
 


Mais le roi fit appel aux meilleurs artisans
Et dès le lendemain, il lui fut apporté

Un vêtement de soie aux reflets si changeants

Que le ciel de l'automne succédait à l'été
 


"Ne désespérons pas, s'écria la sorcière
Avouez dès maintenant votre insatisfaction

Dites que la douceur des blancs rayons lunaires
Conviendraient davantage à votre carnation"
 


Les couturiers, habiles, relevèrent le défi
Leur œuvre terminée, ils livrèrent un présent

Bien plus étincelant que l'astre de la nuit
La marraine en colère poussa des hurlements
 


"Je ne saurais subir humiliation pareille
Présentez-vous céans devant sa Majesté

Et prétendez que seul le lumineux soleil
S'accorde exactement avec votre beauté"
 


Les tailleurs furent encore une fois sollicités
Dans cette robe, enfin, ils mirent tout leur art

Le tissu flamboyait d'un tel éclat doré

Qu'on ne pouvait longtemps y porter le regard


"N'ayons plus de scrupules puisque le roi s'entête
Demandez-lui d’abattre son âne merveilleux

Et de tanner pour vous la peau cette bête

Cette requête-là lui ouvrira les yeux"
 


Le roi fut très surpris que sa fille, si sage
Osât lui réclamer un pareil sacrifice

Pourtant il s'inclina, ignorant le message

Et posa sur son lit l'objet de son caprice


(A suivre...)
Image trouvée ici