Je situe ce souvenir vers mes 4-5 ans, pendant mes années de maternelle. Nous vivons à
N'Djaména depuis peu de temps et Twist, notre premier berger allemand, n'est pas encore entré dans la famille.
Ce doit être un dimanche matin "à la fraîche" parce que la porte de la
salle-à-manger est restée ouverte sur le jardin, pour laisser passer l'air. Ce
jour-là, je
peins, tranquillement installée à la grande table, au fond de la pièce. De la peinture à l'eau dans un grand livre de coloriages ; il me semble que je m'attaque à des cerises...
À un moment, je lève la tête et je me fixe ! Un singe énorme m'observe de
l'encadrure de la porte, un mandrill. De mes yeux d'enfant, il est monstrueux avec son museau rouge et bleu et surtout, il doit être au moins aussi grand que moi (il faut savoir qu'un mâle de cette espèce peut peser jusqu'à 30 kilos ; c'est l'un des plus gros singes
d'Afrique) !
Je suis scotchée à ma chaise et j'appelle : "Papa ?" Surtout rester immobile... Plus fort : "
Papaaaaaaaa !". Mon père sort de sa chambre et je tends le doigt vers la bête qui n'a pas bougé. Là, moment surréaliste, mon paternel avance vers le mandrill en poussant des cris et agitant les bras, tel un gorille furieux. Le singe ne demande pas son reste et se carapate en quatrième vitesse.
Comment dire... J'ai eu les jetons !

Mandrill (1989) par James Balog. Celui-ci semble beaucoup plus sympathique